Archives du mot-clé 930 Turbo

Porsche 930 Turbo SE Flat Nose: crème anglaise.

Temps de lecture estimé: 2’30

L’année 1979 fut indéniablement une année de grâce pour la 911. Ce fut en effet l’année pendant laquelle la 935 K3 engagée par l’écurie Kremer s’arrogea la victoire absolue aux 24 heures du Mans, ayant même l’outrecuidance d’écraser les Porsche 936 dans la catégorie supérieure. Il n’en fallut pas davantage pour attiser l’imagination des clients, qui furent nombreux à réclamer une 911 Turbo de série équipée d’ailes plates, à l’image des 935. Un voeu que l’usine se décida finalement à exaucer.

1986-Porsche-911-TurboSE-Chassis-69578a4e8c74491b9a0c4f32c2476866

C’est à partir de 1981 qu’une Turbo S fut proposée par l’usine, équipée d’un kit baptisé « Slant Nose » sur le vieux continent, « Flat Nose » chez les anglophones. Les modifications visuelles sont nombreuses: outre les ailes plates équipées de grilles d’aération et de phares escamotables, on peut remarquer un bouclier avant spécifique destiné à accueillir un radiateur d’huile supplémentaire ainsi que des anti-brouillards intégrés dans le souci de préserver l’efficacité aérodynamique. Les jupes latérales sont tout aussi spécifiques, plus basses et plus larges, ce qui avait probablement des vertus aérodynamiques. Enfin, on notera la présence de trois ailettes noires incrustées dans les prises d’air des ailes arrière.

1986-Porsche-911-TurboSE-Chassis-75da025ddf524243b955f0e5631b2620

Bien qu’elles contribuent grandement à la diabolisation de la Turbo S, ces ouïes avaient également des vertus techniques. N’avez-vous pas remarqué les deux doubles sorties d’échappement dont est pourvue notre Turbo S? Celles-ci sont le seul signe extérieur trahissant la présence d’un moteur aux performances nettement accrues. Un échangeur d’air plus grand, un plus gros turbo et cet échappement spécifique font partie d’un ensemble de modifications permettant au moteur type 930/66S de la Turbo S de développer une puissance s’élevant à 330ch à 5750tours/min, soit 30 canassons de plus que la version de base. Cela ne pénalisait en rien la fiabilité de l’engin, puisque celui-ci avait ses preuves en compétition avec une puissance deux fois supérieure…

1986-Porsche-911-TurboSE-Chassis-438ce0e094074199a0d5659a177f1155

Toutefois, cela avait un coût loin d’être négligeable: en 1984, alors qu’une 911 Turbo était facturée 111 111 Deutsche Marks, il fallait débourser pas moins de 183 272 DM pour la Turbo S Slant Nose. Le kit carrosserie Slant Nose coûtait 38 340 DM, tandis que le kit moteur réclamait 20 975 DM. Les tarifs donnent le tournis, mais on peut imaginer qu’il ne fut pas si simple de faire homologuer une face avant totalement nouvelle, et que les très petites séries réalisées ne permirent pas de générer des économies d’échelle suffisantes afin de proposer des tarifs plus compétitifs. Et pour cause, on ne dénombre que 675 exemplaires vendus pour les marchés anglophones, et seulement 237 exemplaires vendus dans le reste du monde.

1986-Porsche-911-TurboSE-Chassis-de3848c74f984016bf15d74e822381e5

Comme vous avez pu le remarquer, la Turbo S illustrant ces lignes est équipée d’un volant en conduite à droite, trahissant l’un  des 50 exemplaires destinés au Royaume-Uni. Puisque rien n’est jamais simple, la filiale britannique du constructeur baptisa l’auto Turbo SE sur son marché, SE signifiant tout simplement « Special Edition ». Sa livrée blanche fut l’une des plus populaires, avec le noir et le rouge, et elle se marie idéalement aux sièges Sport signés Recaro, en cuir bleu marine. Fait étonnant, cet exemplaire serait équipé d’un moteur unique, type 930/36 développant 360ch. Une demande très spéciale qui nécessita une homologation tout aussi spéciale, dont on n’ose imaginer le coût. Et les amateurs peineront à comprendre pourquoi un tel moteur n’aura parcouru que 7500km. Cela étant, l’exclusivité chez Porsche n’a aucune limite, et ce n’est pas demain que les historiens cesseront de perdre leurs cheveux face à des pièces aussi uniques…

1986-Porsche-911-TurboSE-Chassis-69b7c9f62a994da1a4131d6bb63faa20

Crédits photos: Maxted-Page

Porsche de la semaine: 964 Turbo 3.3

906 Chronicles continue sa revue des Turbo à vendre dans le monde. Et la 964 Turbo 3.3 est certainement à ce jour la plus mal-aimée de la lignée des Turbo. Quelles raisons trouve-t-on à ce désamour? Elle a eu la malchance d’avoir été conçue de façon un peu bâclée. Alors que Porsche avait annoncé la fin de la Turbo avec la 930 3.3 en 1989, le constructeur s’est ravisé devant la grogne générale. Aussi, après un intermède d’un an, la nouvelle Turbo sur base de 964 était présentée en 1991, identique à celle que vous avez sous les yeux.

1

La Turbo 3.3 voyait sa puissance portée à 320ch contre 300ch précédemment. Malheureusement, cela s’accompagnait d’une augmentation de poids significative, du fait de l’ajout de nombreux équipements de confort. En 1991, la Turbo s’inscrit définitivement comme un modèle très luxueux, à la dotation prolifique, destiné à avaler les kilomètres. De fait, la 964 était moins performante, moins stimulante que sa devancière, ce que les amateurs lui reprochent de nos jours.

6

Comme si cela ne suffisait point, son héritière, née en 1993 sera nettement plus charismatique. La 964 Turbo 3.6 verra sa puissance portée à 360ch, de quoi enrhumer insolemment tout ce qui possédait quatre roues à cette époque. Ajoutez à cela des jantes de 18 pouces Speedline autrement plus impressionnantes que les jantes Cup de 17 pouces propres à la Turbo 3.3, sans compter un rôle de premier plan dans Bad Boys, qui fera de la Turbo 3.6 une véritable icône de la conduite brutale parfumée aux phéromones…

5

Mais que diable reste-t-il à la 964 Turbo 3.3? Eh bien, n’oublions pas qu’elle reste une Turbo. A ce titre, pensez-vous vraiment que ses accélérations soient vraiment si ennuyeuses? Oubliera-t-on qu’elle possède ces ailes larges, ce gros aileron que possèdent toutes les Turbo? Un temps de réponse faisant que la moindre accélération vous donne l’impression de vous faire méchamment botter l’arrière-train?

3

Et tout cela dans le plus grand confort, s’il vous prenait l’envie de traverser le pays pour vous rendre sur votre lieu de vacances sans vous arrêter. Et lorsqu’on a la chance de tomber sur un si bel exemplaire, il serait judicieux de réfléchir à deux fois sur le bien-fondé de nos préjugés. En bleu baltique, la Turbo ne manque pas d’élégance, faisant honneur à sa réputation de grande souveraine de la gamme. Cela dit, celle-ci peine à cacher son jeu, tant les jantes chromées, un peu inappropriées peut-être, ne manquent pas d’apporter une touche de désinvolture à une auto souvent boudée pour sa trop grande discrétion.

17

Mais lorsque vous ouvrirez la porte, vous succomberez à ce festival de matières raffinées, de couleurs chaleureuses et de confort appréciable. Le cuir beige, parfaitement assorti à la peinture bleue, ne manque pas de mettre en valeur les placages de bois précieux, particulièrement rares en ce temps ou Exclusive n’existait pas encore officiellement. Vous goûterez le plaisir inimitable de conduire une Turbo aux saveurs d’ancienne: l’odeur de cuir et d’huile en vous installant à bord, la brutalité des accélérations, le temps de réponse du mono-turbo. Mais vous goûterez également au saveurs des modernes: une boîte de vitesses à l’étagement irréprochable, des sièges au maintien parfait, chauffants qui plus est.

23

Le compromis semble parfait. L’auto, unique dans une telle configuration. Voici l’opportunité d’acquérir le meilleur des deux mondes. Une 930 Turbo 3.3 vous coûterait 100 000€ en état concours, une Turbo 3.6, 20 000€ supplémentaires. Quant à la Turbo 3.3, comptez 75 000€. Vraiment, pourquoi s’en priver? Oh je vois, le manque d’image? Eh bien passez votre chemin, moi, je ne me priverai pas!

Cette Turbo est à vendre chez CPR Classic, en Californie:

http://cprclassic.com/images/carsforsale/911/BalticBlue92Coupe/images.html

Porsche de la semaine: 911 Turbo 3.3

C’est le genre de surprises que réserve la chasse aux merveilles sur internet. Je discutais très récemment avec un propriétaire de Turbo, ce qui m’a donné envie de trouver de nouvelles 997 Turbo S richement équipées. Parti la fleur au fusil retrouver sur internet un exemplaire rouge repéré il y a quelques semaines, mon attention a été irrémédiablement captée par un exemplaire autrement plus ancien, et probablement plus fascinant: une 930 Turbo 3.3 de 1978.

14739681_source
On reconnait ici un modèle américain, grâce au prolongement latéral des clignotants situés dans le bouclier avant.

Le millésime 1978 marque une nouvelle étape dans l’épopée de la Turbo: il s’agit en effet de la première année où la Turbo inaugura le moteur de 3,3 litres de cylindrée développant 300ch, mais se contentant toujours d’une boîte disposant de 4 rapports. Une belle évolution! Soulignons cependant que la Turbo illustrant ces lignes provenant des Etats-Unis, son moteur ne développe que 265ch. Sur le plan stylistique, cette Turbo se caractérisait par la présence d’un aileron arrière plus volumineux, du fait de l’arrivée d’un échangeur d’air dans le compartiment moteur, ainsi que de jantes Fuchs d’un diamètre porté à 16 pouces.

14739686_source

Les couleurs les plus prisées de cette époque étaient le rouge, le noir et le blanc. Il faut dire que ces couleurs allaient à merveille à la 911. Néanmoins, certains acheteurs n’hésitaient pas faire preuve de beaucoup d’audace au moment de remplir le bon de commande de leur auto. Justement, la couleur de la turbo qui illustre cet article n’aura pas manqué de vous surprendre, et nous n’irons pas par quatre chemins: soit on adore, soit on déteste. Et justement, j’adore, d’autant plus que l’association avec les jantes chromées, un choix très risqué sur le plan stylistique, ne manque pas d’allure, à défaut de discrétion. Cette couleur porte le doux nom de beige bambou, à mi-chemin entre le beige sahara et le marron sépia de nuanciers plus anciens. A ce propos, il y a de fortes chances que ce beige soit une commande spéciale, ce qui fait de cette auto un exemplaire unique.

14739679_source

Quant à l’intérieur, il est peut-être plus audacieux encore, puisqu’il est recouvert de cuir couleur caramel, créant un léger contraste avec le beige. Personnellement, j’aurais nettement préféré un intérieur beige plus clair, ou un intérieur noir pour apporter une note de discrétion bienvenue. Quoi qu’il en soit, je reste séduit par la présence de sièges sport qui seront les bienvenus pour manier une auto connue pour sa brutalité. Quant à l’état de cette Turbo, il est remarquable.

14739701_source
L’intérieur aurait peut-être mérité un beige plus clair, ou du marron foncé, voire du noir. On aime ou on déteste!

Il n’en fallait pas davantage pour que je reste littéralement scotché devant cette Turbo, dont l’aspect extérieur respire la force, l’envie d’en découdre, aspect accentué par cette combinaison de couleurs si originale et unique. Unique, voici probablement la caractéristique qui m’aura le plus attirée, et qui justifie d’autant plus le prix auquel elle se trouve affiché: près de 72 000€, quand Flat 6 Magazine estime à 80 000€ un exemplaire en état concours. Un prix somme toutes honnête, lorsqu’on sait que le moteur vient d’être remis à neuf, et si l’on considère la configuration très originale de cette Turbo. Bon, c’est malin, maintenant j’ai envie d’une 930…

14739694_source
Les butoirs de pare-chocs des modèles américains sont nettement plus larges.

Retrouvez l’annonce ici:

http://www.jamesedition.com/cars/porsche/930/930-turbo-for-sale-735967