Archives pour la catégorie Porsche Classic

La cinquième victoire de Porsche: 1979

Temps de lecture estimé: 2’00

Le triomphe  un peu chanceux de 1977 aurait peut-être mieux fait de ne jamais se produire. Aurait-il rendu les ingénieurs du constructeur un peu trop arrogants? Leur manque de préparation leur coûta la victoire en 1978 face à des Alpine A442 survoltées, et la décision de revenir avec les 936 en 1979 dans des conditions de préparations encore plus ridicules ne laissait rien augurer de bon. Mais les écuries privées allaient prendre le relais…

La décision d’engager les 936 au Mans fut en effet prise suite à la sollicitation de la compagnie monégasque Essex Overseas Petroleum Corporation, désireuse de bénéficier d’une belle exposition médiatique en compétition. Préparées dans la précipitation, les 936 furent repeintes aux couleurs d’Essex, et allèrent effectuer une simple course de préparation aux 6 heures de Silverstone: Jochen Mass sera victime d’un lourd accident en raison d’un problème de jante. Il s’avère que le talon du pneu était structurellement mal accroché à la jante; il finit donc par se détacher, avec les conséquences que l’on imagine. Preuve de la nonchalance générale régnant à l’usine, le problème ne sera pas résolu avant les 24 heures du Mans.

0dc21f677b9a1797004a1258710157f7

Cela n’empêchera pas les 936 de réaliser la pole position, grâce notamment à Jacky Ickx qui, au dernier moment, a décidé de courir avec Porsche, déclinant finalement l’offre de Mirage. Mais l’équipage de brillants pilotes alignés par Porsche ne peut malheureusement pas faire de miracles au volant de deux 936 piètrement préparées. De fait, la 936 n°12 de Redman et Ickx perdra de longues minutes en raison d’une crevaison à la chicane Dunlop la forçant à effectuer un tour complet au ralenti. Quant à Wollek et Haywood sur la n°14, ils seront victimes de problèmes d’allumage. Comble de l’ironie, la n°12 sera même éliminée au petit matin pour aide extérieure: après la rupture d’une courroie d’alternateur, un mécanicien essaiera de jeter discrètement une courroie de rechange au pilote depuis le bord de la piste. Courroie qui tombera aux pieds d’un commissaire…

02-porsche-032

Mais depuis la 7ème heure, ce sont des autos de la catégorie inférieure, le groupe 5, qui mènent la danse. Fort heureusement pour Porsche, les écuries privées ont fait preuve de beaucoup plus de sérieux, et l’écurie Kremer Racing Team n’a pas fait les choses à moitié: à partir d’une 935 d’usine, Kremer a élaborée toute une série de modifications ayant rendu la 935 (surnommée 935 K3) très compétitive. Pilotée par Klaus Ludwig et les frères Whittington, la 935 K3 profitera de l’abandon des 936 et des piètres performances des autres autos du Groupe 6 pour s’imposer au classement général, en dépit d’une longue immobilisation dans la matinée.

M15_2180

Cette victoire de la 935 n’a finalement rien d’un hasard, puisqu’on retrouve à la deuxième place une autre 935 emmenée, entre autres, par l’acteur Paul Newman. La victoire de l’écurie Kremer sera la première d’une Porsche engagée par une écurie privée, et reste aujourd’hui la seule et unique victoire d’une auto propulsée par un moteur arrière. Un triomphe qui poussa probablement les ventes de 911 Turbo, et donna des idées aux clients qui firent pression à l’usine afin d’acquérir des 911 équipées d’un « Flat Nose ». La légende était déjà bien en marche…

 

La quatrième victoire de Porsche au Mans: 1977

Temps de lecture estimé: 2’30

Nous poursuivons notre série d’été avec la quatrième victoire de Porsche au Mans. Après l’hécatombe de Renault Alpine en 1976, l’objectif de l’écurie française pour 1977 étaient clairs: gagner Le Mans est une priorité, et qu’importe le reste du championnat. Une position dont Porsche s’accommodera parfaitement: les 936 ne seront engagées qu’au Mans, et les écuries privées se chargeront de représenter Porsche pour le reste de la saison. Après tout, un sou est un sou! A tel point que face à quatre Alpine A442, Porsche n’engagera que deux 936. Tout semblait mal parti…

La 936 n’a que peu changé: le flat 6 a gagné 20ch, portant sa puissance à 540ch, tandis que l’empattement a été allongé de 10mm. L’essentiel du travail est en fait aérodynamique, rendant la voiture plus rapide. En matière de tests, Porsche se contentera du minimum syndical: un roulage de 24 heures au Paul Ricard, où l’auto ne connaîtra pas d’autre alerte qu’un contacteur de phare défectueux. Par sécurité, les ingénieurs feront tourner l’auto pendant quatre heures supplémentaires avec une pression de Turbo plus élevée, sans la moindre alerte. En revanche, la 936 tourne 2 secondes au tour plus lentement que l’Alpine, mais elle consomme moins.

M15_2182

Du côté des pilotes, Porsche s’est assuré du soutien de Jacky Ickx, mais a surtout réussi à débaucher Henri Pescarolo de chez Renault, qui dira entre autres « Je pense que j’ai un peu plus de chances de regagner les 24 heures du Mans avec Porsche. » Ickx et Pescarolo feront équipe dans la 936 n°3, tandis que la n°4 sera confiée à Jürgen Barth et Hurley Haywood. D’emblée, les choses ne s’annoncent pas si bien: les deux Alpine occupent la première ligne, tandis que la Porsche n°3 se contente du troisième temps. D’ailleurs, les deux pilotes se plaignent du manque de vigueur du moteur, mais les ingénieurs font la sourde oreille. Mieux vaut ne pas risquer de pénalité pour un changement de moteur juste avant la course…

Après trois heures de course, la messe semble dite: la n°4 est 41ème après le long remplacement de la pompe à injection et une panne de compte-tours obligeant les pilotes à conduire à l’oreille. Quant à la n°3, elle vient tout simplement d’abandonner après la rupture d’une bielle. En tête de la course, trois Alpine sont à la fête! Mais au terme de la 5ème heure, un changement de pilote est annoncé, et c’est un Jacly Ickx enragé qui prendra le volant de la n°4. immédiatement, il réalise que le moteur est plus performant que sur la n°3 qu’il pilotait. Il n’en faudra pas davantage pour l’aider à signer plusieurs records au tour successifs.

09_Haywood_77_Porsche3b

Au lever du jour, l’équipage Ickx-Barth-Haywood pointe à la 2ème place, ayant profité des ennuis mécaniques des Alpine. Mais jean-Pierre Jabouille et Derek Bell restent en tête avec trente minutes d’avance, jusqu’à une casse moteur à la dix-huitième heure. Dans un scénario totalement inattendu, ce sont désormais les Alpine qui sont à la poursuite de la Porsche en tête! Mais derrière, une seconde Alpine va crever un piston et abandonner. Dans la dernière heure, nouveau rebondissement! La 936 à bout de forces crève également un piston. Mais son avance sur la Mirage en deuxième position est telle que la Porsche restera de longues minutes au stands sans être inquiétée. Les mécaniciens opéreront une réparation de fortune qui permit à Jürgen Barth de boucler un dernier tour et de remporter la victoire.

Comme à chaque fois, il y a quelques grandes premières: ce sera par exemple la première fois qu’un triple équipage s’impose au Mans, et Hurley Haywood entrera dans le club très fermé des pilotes remportant l’épreuve dès leur première participation. Mais on reste sans voix devant la nonchalance des tests réalisés par le constructeur, qui ne réalisa les essais au Paul Ricard que sur demande expresse des pilotes. Beaucoup de chance, pour une belle victoire…

 

 

La 3ème victoire de Porsche au Mans: 1976

Temps de lecture estimé: 2’15

Voici la suite de notre série d’été, avec pour cette troisième semaine le retour de Porsche au Mans après quatre années d’absence. Depuis la victoire de 1971, seules quelques écuries privées parvinrent à préserver l’honneur Porsche, sans toutefois se hisser sur le podium. Mais le lancement du Groupe 6 pour 1976 et l’arrivée d’Alpine avec son A442 allaient décider Porsche à revenir assurer le spectacle.

Fort d’une équipe d’ingénieurs toujours bien en place et plus expérimentée que jamais, appuyée notamment par un Norbert Singer en grande forme travaillant d’arrache pied sur les 935, le constructeur affute ses armes en recrutant – enfin – sa bête noire, qui deviendra son pilote star: jacky Ickx. Prenant ses distances avec la F1, il consacre désormais sa carrière à l’endurance où il partagera son baquet avec un pilote proche de la retraite: Gijs van Lennep, déjà vainqueur en 1971. Mais puisque le constructeur est venu pour la victoire absolue, il lui faut une voiture capable de gagner le général en Groupe 6: Helmut Flegl est donc chargé du projet 936.

1976NUR01_car

Prête tardivement, en janvier 1976, la 936 sera d’abord peinte en noir mat afin de ne pas trop attirer l’attention des journalistes (déjà…). Ce sera peine perdue, et l’auto sera bientôt surnommée « diable noir ». La machine de guerre de 700kg emprunte de nombreuses pièces à la 917 Can-Am, mais reste motorisée par le Flat 6 turbocompressé de la 911 Carrera Turbo RSR. D’une cylindrée de 2,14litres, il développe 520ch à 8000 tours/min. Les résultats encourageants de la 936 au cours de la saison décidèrent Porsche à engager deux 936 au Mans au lieu d’une seule!

Face à des Mirage en retrait, la seule menace vient de l’Alpine-Renault emmenée par Jean-Pierre Jabouille et Patrick Tambay. D’ailleurs, celle-ci domine les essais en signant la pole avec un chrono de 3’33″10. L’Alpine ne mènera que quelques tours, avant d’être trahie par des ennuis de fiabilité qui la pousseront à l’abandon à la 11ème heure, en raison d’un piston percé. Dès lors, les 936 semblent largement assurées de la victoire, les mirage s’avérant trop peu performantes, sans surprise.

La 936 connaîtra pourtant de sérieux problèmes de fiabilité. L’auto aux mains de Jürgen Barth et Reinhold Joest abandonnera au terme de la 17ème heure, sur rupture de transmission. Un soulagement pour Barth qui dira peu après que La chaleur était très forte au niveau de la pédale d’accélérateur et j’ai reçu des brûlures au 3ème degré sur le côté du pied droit. Cette température excessive était provoquée par une tuyauterie, qui fut déplacée en 1977. Malgré des problèmes d’échappement, la 936  n°20 pilotée par Ickx et van Lennep parvint à franchir la ligne d’arrivée largement en tête, assurant à Porsche un troisième sacre.

M15_2181

Ce fut également le troisième sacre de monsieur Ickx, mais aussi le deuxième de Gijs van Lennep, qui partit au sommet de sa gloire et raccrocha définitivement le casque. Pour Porsche, ce fut également l’occasion de signer la toute première victoire d’un moteur turbocompressé. Toutefois, les problèmes d’échappement ne permirent pas à Porsche de battre le record de distance établi par Matra en 1973, qui tiendrait donc encore un peu… Pour longtemps?

Crédits photos: Porsche AG

La deuxième victoire de Porsche au Mans: 1971

Temps de lecture estimé: 1’40

Après le triomphe de 1970 sous une météo dantesque grâce à une 917 un peu spéciale, le constructeur avait bien l’intention de renouveler son exploit l’année suivante. Avec 33 autos engagées sur 49 portant le blason Porsche, les choses semblaient bien engagées avant même le départ…

Les 917 sont encore venues en force, et possèdent quelques nouveautés. L’évolution la plus connue reste encore aujourd’hui la présence de deux dérives installées de part et d’autre du capot arrière, permettant de réduire la trainée aérodynamique de 10%. Nous savons aujourd’hui, et les 919 Hybrid n’ont pas manqué pas de le démontrer, que les dérives latérales manquent d’efficacité, et qu’une longue dérive au centre du capot arrière est recommandée.

Les 917 aux couleurs Gulf engagées par John Wyer sont encore largement représentées, mais une fois de plus, la victoire absolue reviendra à une 917 arborant les couleurs d’un autre sponsor: le liquoriste Martini! L’auto n°22, pilotée par Gijs Van Lennep et Helmut Marko franchira la ligne d’arrivée devant Herbert Müller et Richard Attwood au volant d’une 917 Gulf. Encore un doublé, cela va devenir une tradition!

M15_2178

La 917 victorieuse parcourut 397 tours, soit environ 5 335 kilomètres, ce qui représente une vitesse moyenne de 222,30km/h. A titre de comparaison, la 919 Hybrid victorieuse a roulé à une vitesse moyenne de 224,2km/h, mais avec des Hunaudières coupées par une chicane. Bim! Notons également que Jackie Oliver atteignit durant les essais la vitesse folle de 386km/h au bout des Hunaudières. Peugeot fera voler ce record en éclats avec sa 905 enregistrée à 415km/h, avec un moteur programmé pour casser après trois tours…

Pour la petite histoire, sachez que la 917 Martini du musée Porsche, tout comme sa conseur rouge, n’est pas la vraie auto victorieuse au Mans. Il s’agit encore d’une réplique. La vraie 917 victorieuse ferait partie de la collection Collier aux Etats-Unis. Elle n’arbore plus sa livrée blanche, mais elle n’a semble-t-il jamais été restaurée, et possède encore les stigmates de la course.

M15_2179

Sachez également que le comte Rossi, richissime propriétaire du groupe Martini, fit usage de son influence auprès du constructeur afin de se faire construire une 917 homologuée pour la route. Un véritable casse-tête qui nécessita d’immatriculer l’auto aux Etats-Unis (peut-être un de nos lecteurs pourra-t-il confirmer qu’elle était immatriculée dans l’Etat du Nebraska) pour des raisons d’homologation, à condition que la 917 y demeure quelques semaines dans l’année. Un moindre mal, pour un puissant milliardaire.

Crédits photos: Porsche AG

La première victoire de Porsche au Mans: 1970

Temps de lecture estimé: 2’00

Nos lecteurs ne sont pas sans savoir que notre constructeur favori a réalisé un doublé historique lors des 24 heures du Mans 2015, portant désormais à 17 le nombre de victoires attribuées à Porsche. L’occasion parfaite afin de lancer une petite rétrospective de toutes les victoires du constructeur dans la course la plus mythique au monde. Quelques images, quelques lignes viendront désormais éveiller chaque vendredi soir pendant dix-sept semaines. Commençons avec l’année 1970.

La victoire en 1969 leur avait pourtant échappé pour si peu. Après une bataille homérique, entre Gérard Larrousse dans sa Porsche 908LH et Jacky Ickx dans sa Ford GT40 se dépassant continuellement, Larrousse fut contraint de lever légèrement le pied dans le dernier tour en raison de freins usés jusqu’à la corde. Offrant une cinquième victoire de rang à Ford pour seulement 130 mètres.

C’est donc avec une armada de 917 totalement nouvelles que Porsche débarqua au Mans en 1970, motorisées par des 12 cylindres de 5 litres développant la puissance titanesque de 580ch. Les sept Porsche 917 ne seraient toutefois pas de trop face à onze (!!) Ferrari 512S emmenées par de talentueux pilotes. L’édition 1970 se déroula sous une météo désastreuse, ne donnant que davantage de prestige à cette première victoire décrochée par le duo Hans Herrmann – Richard Attwood sur la 917K n°23 portant les couleurs de Porsche Salzbourg. Cette première victoire fut également un premier triplé, puisque le podium fut complété par une seconde 917LH (Larrousse-Kauhsen) ainsi qu’une « vieillissante » 908/2 (Lins-Marko).

M15_2177

Pour la petite histoire, la plupart des 917 portaient la désormais légendaire livrée Gulf, puissant soutien financier de l’écurie John Wyer Automotive. Désireux de satisfaire ce très important client, Ferry Porsche lui promit de lui fournir les 917 les plus à la pointe afin de bénéficier des meilleures chances de victoire. Une promesse qui ne fut tenue qu’à moitié, puisque Ferdinand Piëch s’assura que l’écurie Porsche Salzburg ait à sa disposition une 917  encore plus évoluée. Ce qui n’est guère une surprise, si l’on veut bien se rappeler que Porsche Salzburg appartenait en partie à la famille Piëch…

Enfin, sachez que la 917 rouge et blanche du musée Porsche n’est pas la véritable auto victorieuse au Mans. Il s’agit en vérité du châssis 001, restauré par l’usine afin de lui donner l’apparence de l’auto victorieuse. Aux dernières nouvelles, la vraie 917 n°23 serait la propriété du collectionneur brésilien Carlos Monteverde. Ce banquier possède également une seconde 917 reproduisant la livrée rouge et blanche, qu’il utilise dans des événements historiques. La véritable 917 victorieuse au Mans ne se risque plus sur les circuits, ou très peu.

Crédit photo: Porsche AG